Tuesday, February 05, 2008

"Mukhsin" review in Le Monde.

Lorenzo Codelli, a film critic and one of the curators for Venice Film Festival whom I had the pleasure of meeting at last year's Golden Horse festival, sent me what he described as "a very nice review of your movie".

You can read it below, but first, can someone translate it for me, please? My French is rusty amd mostly limited to everyday statements like "I'd like a packet of Gitanes filters please", "This bouillabaise dish is too much for one woman", "You're so tall that if you fell over you'd be halfway home", and of course the ever important, "Do you like to do it doggy-doggy?"

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"L'éducation sentimentale d'une adolescente en Malaisie.
(Un troisième long métrage critique envers une société menacée par le conformisme moral.)

E n dépit de l'uniformisation des formes qui affecte, avec le monde, la production cinématographique, il est heureux de constater que des mouvements esthétiques singuliers, fortement ancrés dans leurs territoires respectifs sans renoncer pour autant à une ambition universaliste, ne cessent d'éclore dans le monde. L'Argentine et la Roumanie en sont deux exemples récents.

Cette effervescence touche à présent l'Asie du Sud-Est, d'où viennent notamment le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul ou le Singapourien Eric Khoo. C'est aujourd'hui au tour de la Malaisie de se signaler, avec une poignée de jeunes cinéastes indépendants qui imposent leur présence dans les festivals internationaux.

Pionnière et aînée de ce groupe (elle est née en 1958), la réalisatrice Yasmin Ahmad livre avec Muksin, réalisé en 2006, son troisième long métrage. C'est un joli roman d'éducation, d'une subtile et sensible amertume, qui évoque le premier amour estival d'une jeune adolescente et fait en arrière-plan la critique circonstanciée d'une société menacée par le conformisme moral et la crispation réactionnaire.

Elevée par des parents occidentalisés, couple égalitaire pratiquant un islam modéré, la jeune Orked est éduquée comme les garçons de son entourage, dont elle partage les jeux. C'est d'ailleurs sur un terrain improvisé de football qu'elle rencontre Muksin, beau brun qui devient illico son compagnon d'esprit et de coeur.

Tout en brossant sans pesanteur le tableau des moeurs de la société environnante (le voisin polygame qui méprise la mère de ses enfants, l'opprobre social qui frappe la mère de Muksin, la perdition qui menace son frère aîné), Yasmin Ahmad poursuit le récit bientôt brisé de ce premier amour avec une élégance qui n'évite pas toujours la mièvrerie, mais qui offre aussi des moments de grâce.

Difficile, à ce dernier égard, d'oublier cette admirable scène filmée de l'intérieur de l'appartement des parents d'Orked, où la jeune fille et sa famille écoutent la sublime interprétation de Ne me quitte pas par Nina Simone, tandis qu'à l'extérieur, plongé dans la nuit, le jeune Muksin guette en vain un signe de réconciliation de son aimée. Mais elle le laissera longtemps souffrir, trop longtemps pour éviter les regrets de ne pas l'avoir retenu à temps et de l'avoir laissé partir à tout jamais.

Que le lecteur ne nous tienne pas trop rigueur de révéler ce qui n'est après tout un secret pour personne, que les premières amours ne sont jamais aussi belles et poignantes que parce qu'elles s'embrasent le temps d'un été, en laissant ce goût de cendres qui fait le lit de toutes les conquêtes ultérieures. Tout tient donc à la manière de les convoquer et de les célébrer, celle de Yasmin Ahmad étant en l'occurrence tout à fait recommandable."

- Jacques Mandelbaum